TransmédiaMix [Futur en Seine] 14, 15 & 18 juin 2014

TransmediaMix

TransmediaMix

L’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou accueille le TransmediaMIX. Entre les modes BARCAMP et HACKATHON issus de la culture numérique, le double objectif est de réaliser une œuvre collaborative collective et une preuve de concept transmédia. La thématique : “LES ACTEURS DU CHANGEMENT ET L’EDUCATION”. Le CHALLENGE est ouvert à tous et se déroule in situ et en ligne. Il est expérimental, ludique et international. Il vise à co-créer une œuvre avec l’aide de mentors et médiateurs présents sur place et en ligne. Les travaux réalisés sont documentés, restitués, et peuvent être utilisés à des fins de recherche scientifique. L’œuvre qui en résulte peut être reprise par des groupes de travail similaires, existants dans d’autres cultures et pays.

Le 14, 15 et 18 juin 2014 de 9h30 à 18h30 au Centre Georges Pompidou.

 - Les créations réalisées durant cet événement seront Copyleft Licence Art Libre ou Creative Commons By+Sa

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Lire le communiqué sur iri.centrepompidou.fr

 

Le temps des loups : mission canis lupus / livre epub libre

Le temps des loups : mission canis lupus

 

Après s’être formés au HTML et CSS (résolument hors programme !), ainsi qu’aux enjeux des licences libres, avec le soutien de Framasoft, les lycéens se sont tournés vers les modèles économiques alternatifs, allant même jusqu’à déployer une stratégie de financement participatif sur Ulule. Et ce n’est pas tout : après avoir aimablement reçu de la part de La poupée du loup des morceaux musicaux sous licence libre destinés à figurer dans le e-pub « musical », le produit final devait figurer sur une clé USB bracelet. Pour cette dernière opération, Framasoft a fourni un paquet pour MSWindows comportant une version portable de Firefox (Framafox) ouvrant directement le e-pub.  En récompense, TimberWolf Creativ’ s’est vue attribuer le coup de coeur du jury au championnat régional des mini-entreprises.

L’article en entier et téléchargements de l’epub et des musiques sur framabook.org

 

Reading Club Antoine Moreau 01 Février 2014 – 21h #AhLaLAL !…

Ce mois-ci Antoine Moreau est l’invité du Reading Club pour une session un peu particulière. Sous le titre AhLaLAL…

 

ReadingClub

Un site web pour des performances de lecture impliquant des performances d’écriture.

Le site, comme les textes générés lors des performances, sont placés sous la Licence Art Libre (v. 1.3).

Lors d’une session du Reading Club, quelques lecteurs sont invités à lire en commun un texte donné. Selon une durée prédéfinie, allant de quelques minutes à plusieurs heures, les lecteurs écrivent en même temps leurs commentaires, leurs annotations, leurs propres mots, au sein même du texte, dans un espace d’écriture (un éditeur de texte collaboratif et fonctionnant en temps réel, de type etherpad), dont le nombre de caractères a été préalablement fixé.  Plus d’infoshttp://readingclub.fr/info

Ce mois-ci Antoine Moreau est l’invité du Reading Club pour une session un peu particulière.  Sous le titre AhLaLAL… l’initiateur et co-rédacteur de la Licence Art Libre (LAL) http://artlibre.org se lance le défi d’une écriture numérique qui croise la précision du droit d’auteur avec « l’inconnu des lectures écrivantes en droit ». Antoine nous a conseillé dès le départ du Reading Club sur les questions du droit d’auteur. Cette session est l’occasion d’y revenir. Plus d’infos : http://readingclub.fr/events/52443ebc20b597e779000259/info

Licences libres / musique libre / art libre au Moloco le 4/12/2013

Le Moloco / Les licences libres / Art Libre

Droits d’auteur à l’ère du numérique et de l’internet : des licences libres pour la création artistique. Pourquoi mettre ses créations sous licence libre ? Creative Commons, Licence Art Libre, quelle licence choisir et pour quel usage ? Que devient le statut de l’auteur et de l’œuvre avec le numérique et l’internet ? Comment comprendre l’économie de la création quand une œuvre originale peut se dupliquer à l’infini ? Quelle politique culturelle se dessine avec la dématérialisation des œuvres, avec les pratiques amateurs, avec le public lui-même de plus en plus auteurs ?

Intervenant : Antoine Moreau, maître de conférences à l’UFR STGI de Montbéliard, département Multimédia, initiateur et co-rédacteur de la Licence Art Libre.

INFOS PRATIQUES
Mercredi 4 décembre à 19h
Le Moloco
Gratuit

Le copyleft, un art de l’usage dans une économie de l’échange

Résumé :

Le copyleft est une notion juridique issue des logiciels libres initiés par la Free Software Foundation. Il s’appuie sur le droit d’auteur en vigueur pour autoriser la copie, la diffusion et la transformation des logiciels en interdisant l’appropriation exclusive. Rédigée en 2000, la Licence Art Libre a étendu ce principe de création à toutes productions de l’esprit.

A la lumière de la lecture qu’a pu faire Michel Henry de Marx, nous nous interrogerons en particulier sur ce qu’implique le copyleft appliqué à la création artistique dans une économie contemporaine déterminée par la plus-value de l’échange marchand.

Je ne transcris pas ici la première partie de mon exposé. Elle concernait la définition du copyleft, son historique, ses raisons, les logiciels libres, etc. Puis, le copyleft appliqué à la création artistique : la Licence Art Libre, son historique, ses raisons, les conséquences, les enjeux, quelques exemples d’œuvres libres, etc.

Deuxième partie. Le copyleft, un art de l’usage dans une économie de l’échange.

L’art en vérité est un mode de la vie et pour cette raison, éventuellement, un mode de vie. [...] comment la vie est-elle présente dans l’art autrement que dans l’existence ordinaire ? La réponse, qui justifie l’art ou plutôt qui le désigne comme l’une des activités les plus hautes de l’homme, est celle-ci : la vie est présente dans l’art selon son essence propre.

[...] comme accroissement de soi et comme preuve de son être propre, il [l'art] est une manière de jouir de soi, il est la jouissance. C’est pour cela que la vie est un mouvement : l’éternel mouvement du passage de la Souffrance dans la joie [...].

Qu’est donc l’art sinon l’accomplissement de cet éternel mouvement ? Parce que la vie n’est pas — n’est pas un état : « je ne peins pas des états d’âme » — mais devient selon le procès de son inlassable venue en soi, il est besoin de l’art. L’art est le devenir de la vie, le mode selon lequel ce devenir s’accomplit1.

C’est en m’appuyant sur la lecture qu’a pu faire Michel Henry de Marx  1)

M. HENRY, Marx, Gallimard, Tel, 1976.
 que je vais tenter de répondre à certaines questions que pose la pratique du copyleft. Lecture qui débarrasse la pensée de Marx du marxisme qui, selon Michel Henry « est l’ensemble des contresens qui ont été fait sur Marx »3. L’auteur du Capital ayant lui-même déclaré qu’il n’avait jamais été marxiste4. Affirmation que je fais mienne également.

L’esthétique, critique de l’art. Critique de l’esthétique

Commençons par cette observation simple : l’art est une production de l’esprit qui se matérialise sous différentes formes. Des objets, des gestes, des formes de culture, pas seulement des représentations symboliques dévolues à un espace réservé, qu’on pourrait qualifier de « pré carré de la Culture », mais des formes de vie.

Avant que l’esthétique ne s’impose à l’art comme critère dominant qui allait lui donner sa valeur, sa reconnaissance, la fonction de l’art était technique, les deux termes ars et techné signifiant la même chose. Cette fonction opératoire prenait des formes sans que l’esthétique ne soit convoquée, car il s’agissait de réaliser une opération à la fois technique et artistique. Ainsi des productions de l’esprit se matérialisent dans la vie quotidienne, à travers des actes, des rituels, des objets, sans réflexion à postériori, sans science de l’art, sans conscience historique, sans autre action que l’effectivité d’un acte nécessaire.

L’art, avant que l’esthétique ne l’ait sanctionné avec le jugement de goùt, avait une valeur d’usage, à la fois dans la sphère profane avec la pratique de la vie de tous les jours, tout autant que sacrée avec la pratique d’un culte religieux.

Je prends ici la notion d’esthétique au sens où elle fera son apparition à la moitié du XVIIIème siècle avec l’intention de définir des critères se voulant scientifiques permettant d’avoir un jugement sur l’œuvre de l’art grâce à la croyance en l’assurance de la raison. Parce qu’elle anéantit la fonction de l’art, qui est d’opérer sans jugement critique du goùt, l’esthétique, comme science de l’art, a été la fin de l’art, c’est-à-dire un genre d’accomplissement où l’art

est relégué dans notre représentation, loin d’affirmer sa nécessité effective et de s’assurer une place de choix, comme il le faisait jadis. Ce que suscite en nous une œuvre artistique de nos jours, mis à part un plaisir immédiat, c’est un jugement, étant donné que nous soumettons à un examen critique son fond, sa forme et leur convenance ou disconvenance réciproque5.

Ainsi, l’esthétisation des productions de l’esprit, soumises au jugement critique du goùt, occulte-t-elle les capacités opératoires de l’art, capacités qui sont techniques/artistiques. Nous avons alors un art qui se trouve dépourvu de sa technique propre, alors même qu’il peut faire appel aux techniques les plus élaborées pour se mettre en forme. Cet ar
t va donc tourner à vide puisqu’il n’aura de cesse, en voulant retrouver son mode opératoire, de se conformer au jugement de goùt, sauf rares exceptions où, au risque de sa reconnaissance en tant qu’art, il réussira à rappeler sa fonction opératoire, sans toutefois l’accomplir véritablement. Ainsi, dépossédé de son mode opératoire il n’aura plus la faculté d’être une fonction essentielle à la vie. L’art sera un accessoire plaisant, un support idéal pour l’économie financière, une forme absente à sa propre fonction quand, nous l’avons vu, « l’art en vérité est un mode de la vie et pour cette raison, éventuellement, un mode de vie ». Autrement dit, l’art est un usage, fait par tout un chacun, de la vie et n’a véritablement d’existence que dans sa valeur d’usage.

C’est avec cette notion de « valeur d’usage » que je voudrais aborder le copyleft et la lecture que fait Michel Henry de Marx. Commençons par une citation de l’auteur du Capital qui a très peu écrit sur l’art :

L’objet d’art -comme tout autre produit- crée un public apte à comprendre l’art et à jouir de la beauté. La production ne produit donc pas simplement un objet pour le sujet, mais aussi un sujet pour l’objet6.

Ainsi, un objet d’art forme autant qu’il est formé. À la célèbre affirmation de Duchamp : « ce sont les regardeurs qui font le tableau » il faut ajouter : « c’est le tableau qui fait les regardeurs ». Ce double emploi de l’art me semble caractéristique du travail que peut faire un artiste qui est de former une forme formante. Et si j’utilise ici le mot « travail » c’est parce que l’art, en sa pratique, n’est pas tant un travail qu’une disposition à être travaillé. Pour l’auteur comme pour le spectateur, être travaillé par ce qui altère et libère, une altération et une libération de l’esprit qui ouvre sur une puissance de développement. Nous allons donc envisager la notion de travail en tenant compte de son économie propre, le mot « économie » ici employé volontairement pour avancer le fait que le travail est étranger à l’économie telle qu’elle est généralement entendue, c’est-à-dire indexée aux seuls critères financiers, de la même façon que l’art est étranger à l’esthétique quand elle est indexée aux seuls critères du jugement de goùt.

Le travail, la notion de valeur d’usage et de valeur d’échange.

En tant qu’il est subjectif le travail n’est qu’une détermination de l’existence, un moment de la vie, c’est un mode de son activité qui en elle-même et en tant que telle n’est précisément qu’un phénomène vital, le déploiement des pouvoirs de la subjectivité organique et son actualisation en de multiples mouvements. Lorsque je suis actif, je cours, je marche, je respire, j’accomplis des mouvements de préhension et il n’y a rien d’économique là-dedans. Pas plus que la subjectivité corporelle en général, l’une quelconque de ses manifestations ne saurait être économique. L’activité érotique, par exemple, n’a en elle-même rien à voir avec la prostitution7.

Après avoir fait cette mise au point sur le travail tel que nous pouvons en reconnaître l’activité et sa mise à distance critique vis-à-vis d’une objectivité économique qui réduit l’activité aux seuls critères comptables, voyons maintenant ce qui s’entend par « valeur d’usage » et « valeur d’échange ».

La valeur d’usage désigne la valeur d’un bien ou d’un service pour un consommateur en fonction de l’utilité qu’il en retire par rapport à sa personne, à ses besoins et à ses connaissances dans des circonstances données8.

La valeur d’échange — ou prix relatif — définit le taux auquel une marchandise s’échange9.

Marx précise la notion de valeur d’échange en se mettant à la place des marchandises :

Les marchandises diraient si elles pouvaient parler : notre valeur d’usage peut bien intéresser l’homme, pour nous en tant qu’objets, nous nous en moquons bien. Ce qui nous regarde, c’est notre valeur. Notre rapport entre nous comme choses de vente et d’achat le prouve. Nous ne nous envisageons les unes les autres que comme valeur d’échange10.

Et

La valeur d’usage est, semble-t-il, une condition nécessaire pour la marchandise, alors que pour la valeur d’usage il semble indifférent d’être marchandise11.

Aussi il y a-t-il un rapport, mais un rapport conflictuel entre valeur d’usage et valeur d’échange.

[…] la valeur d’usage qu’il s’agit de substituer à la valeur d’échange que le capitaliste vient d’acheter au travailleur, n’est précisément rien d’autre que sa force de travail, son emploi, ou ce que Marx appelle encore, par analogie avec la subjectivité où s’accomplissent les valeurs d’usage en général, sa « consommation »12.

Arrêtons-nous un instant sur ce terme de « consommation », si mal co
mpris et discrédité par les critiques marxistes, situationnistes ou sociologiques d’une société dite de « consommation », qui doit être, là aussi, revu et corrigé à la lumière de ce que Marx, tel que nous venons de le voir, à pu concevoir de cet acte, mais aussi, tel que Michel de Certeau a pu en reconnaître la valeur d’usage et particulièrement, sa qualité subversive qui préfigure ce qu’on appelle aujourd’hui le « hacking »13, c’est-à-dire l’activité créatrice de consommation issue de l’informatique et particulièrement des logiciels libres.

À une production rationalisée, expansionniste autant que centralisée, bruyante et spectaculaire, correspond une autre production, qualifiée de « consommation » : celle-ci est rusée, elle est dispersée, mais elle s’insinue partout, silencieuse et quasi invisible, puisqu’elle ne se signale pas avec des produits propres mais en manières d’employer les produits imposés par un ordre économique dominant14.

Du rapport entre la valeur d’échange et la valeur d’usage, qui relève d’une pratique inventive de la consommation subjective, il est intéressant de remarquer que

L’hétérogénéité ontologique de la valeur d’usage et de la valeur d’échange n’appartient pas à un ordre de considérations philosophiques surannées, extérieures à l’analyse proprement économique ou scientifique, sans intérêt pour tout dire, elle définit la possibilité intérieure de sa genèse transcendantale15, comme l’explique encore cette phrase innocente : « le commerce a dépouillé les choses et les richesses de leur vertu première d’utilité ». […] « La valeur des marchandises, c’est leur rapport social et leur qualité économique. » Et toujours dans le même passage : « La marchandise acquiert une existence double, naturelle d’une part, purement économique de l’autre. » Ce qu’est cette existence purement économique, nous le savons ; c’est la représentation idéale d’une quantité déterminée de travail abstrait, c’est la représentation idéale d’une réalité idéale16.

D’où le caractère on ne peut plus réaliste de la valeur d’usage vis-à-vis d’une valeur d’échange toujours idéaliste et qui est d’autant plus trompeuse qu’elle va se parer des attributs de la raison scientifique avec la dite « science économique ». Allons plus loin encore dans l’analyse quand Marx met en relation le capital constant, c’est-à-dire : la « valeur des moyens de production consommés dans le cours de la production17 » et le capital variable, c’est-à-dire l’argent qui va servir à acheter la force de travail ce qu’Adam Smith définira comme étant le salaire du travailleur.

L’analyse pure exige qu’il soit fait abstraction de cette partie de la valeur du produit où ne réapparait que la valeur du capital constant et que l’on pose ce dernier = 018.

En posant c19 = 0, Marx dit que la production de valeur s’accomplit en l’absence de toutes les valeurs qui sont celles des moyens de production, en l’absence de ces moyens par conséquent. Il ne dit pas qu’elle s’accomplit en dépit de cette absence, d’une manière catastrophique ou désespérée. Il dit que la production de valeur s’accomplit totalement, parfaitement, en l’absence du capital constant et ses constituants matériels sont étrangers à la production de valeur, qu’ils n’ont point part à sa nature, que celle-ci consiste toute entière dans le capital variable, qui en est bien ainsi l’élément essentiel ou, pour mieux dire, l’essence même20.

Je ne fais ici que rappeler des notions élémentaires de la pensée de Marx, éclairées par Michel Henry, de façon à pouvoir penser le copyleft en rapport. Pourquoi cette mise en rapport me paraît-elle pertinente ? Pour deux raisons principalement :

La première raison touche à la survivance de la pensée de Marx après que nous ayons traversé les illusions du communisme d’Etat. Traversée apocalyptique qui nous permet aujourd’hui d’être désillusionnés vis-à-vis du crédit porté à la toute puissance de la science et de sa prétention à conduire la destinée humaine via la maîtrise de l’histoire. Nous en avons fait l’expérience, il n’y a pas de « Raison dans l’histoire », pas de lutte finale qui accomplisse la fin de l’histoire, mais au contraire, la reconnaissance aujourd’hui que la fin de l’histoire est d’être sans fin21.

La deuxième raison touche à la notion de copyleft qui, après la non moins apocalyptique traversée du capitalisme que nous sommes encore en train de vivre, nous permet de reconsidérer des notions essentielles de l’activité humaine à l’ère du numérique et de l’internet et qui concerne son caractère politique et culturel.

Les faits du copyleft.

Le copyleft modifie l’usage qu’il est possible de faire des productions de l’esprit (à condition qu’elles soient sanctionnées par le droit d’auteur). Nous l’avons vu, dans le respect du droit d’auteur, il est possible de copier, diffuser et modifier les œuvres, y compris d’en avoir un usage commercial. La seule restriction, mais qui garantit les libertés allouées, est de ne pas avoir d’usage exclusif des œuvres mises sous copyleft.

Le copyleft comme usage de l’art.

Par « usage de l’art », entendons la pratique inventive de la vie quotidienne. Cette expression renvoie au titre de l’ouvrage de Nicolas Bouvier, L’usage du monde, un livre devenu emblématique de l’art de voyager.

Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas a prouver qu’il se suffit a lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait22.

Faire, défaire, refaire, parfaire, le copyleft permet de prendre en considération l’usage des données qui constituent notre environnement culturel. Il invite à mettre l’accent sur la valeur d’usage des productions de l’esprit plutôt que la valeur d’échange qui aujourd’hui capte notre attention. C’est le matériau numérique et l’internet tel qu’il a pu se créer avec les protocoles ouverts qui matérialisent cette réalité où les œuvres ne valent que par l’usage qui en est fait : par la copie, la diffusion et la transformation. Sans oublier l’impossibilité, elle-même matérielle, d’avoir un pouvoir exclusif sur ce qui se crée dans ces conditions car le numérique élimine la rivalité des productions en remettant en cause la valeur d’échange liée à leur rareté. Les biens, non seulement ne sont plus rares, ils sont multipliables à l’envi. Nous avons là un usage sans usure, dans les deux sens du mot « usure », c’est-à-dire sans que l’objet produit ne s’use par sa multiplication et sans qu’il ne soit possible de capitaliser dessus avec intérêt. Il n’y a pas de prêt, pas d’intérêt, c’est l’objet qui, on ne peut plus près, devient intéressant pour l’usage qu’il est possible d’en faire. Cet usage de l’art est commun, c’est un acte banal où tout un chacun peut exercer son art à partir et avec l’art d’autrui.

Un usage de l’art, redisons-le, comme usage du monde. Ce n’est pas l’utilisation de l’art à des fins achevées mais au contraire, un usage sans fin, sans finalités et la perpétuation infinie des ressources de l’art, de ses possibilités, de ses sources et re-sources. Nous ne sommes pas dans l’utilitarisme, mais dans son inverse. Là où la quête de l’objet n’est motivée que par son utilité comme finalité, nous sommes avec l’usage fait de l’art dans le fonctionnement même de l’objet d’art ouvert à toutes fins possibles. L’usage de l’art est à l’utilitarisme ce que le voyage est au tourisme, ou ce que la vacance est aux vacances.

Prolongeons notre analogie de l’usage du monde avec le voyage et rapprochons l’usage de l’art où l’art retrouve sa fonction opérante, de l’exotisme selon ce qu’en dit Victor Segalen, c’est-à-dire une « esthétique du divers ».

[…] la sensation d’exotisme qui n’est autre que la notion du différent ; la perception du Divers ; la connaissance que quelque chose n’est pas soi-même ; et le pouvoir d’exotisme, qui n’est que le pouvoir de concevoir autre23.

Ce rapprochement avec l’exotisme comme « esthétique du divers » est particulièrement intéressant car il permet, alors que nous prenions nos distances avec l’esthétique pour retrouver l’art en sa valeur d’usage, de ne pas verser dans la négation des formes, négation d’un plaisir subjectif et qui aboutirait, finalement, à nier là aussi, un art possible. Ce divers de l’esthétique, tel que Ségalen en fait l’éloge, en prenant volontairement le mot « exotisme » et tout ce qu’il représente comme clichés carte postale, nous permet également de faire retour sur les possibles qualités artistiques de l’esthétique. Qualités formelles qui ne contreviennent pas à celles de l’art, à son usage, à sa fonction opératoire.

Pour cela il est nécessaire de comprendre l’esthétique comme une « es-éthique », c’est-à-dire une connaissance intime de l’éthique, où les formes rencontrent la sculpture de soi comme éthique de vie. Dans ce cas, comme l’observait Wittgenstein,

l’éthique et l’esthétique sont une seule et même chose24.

Comment ? En ce que l’art, grâce à des principes éthiques de création qui excèdent l’esthétique, retrouve alors de sa fonction opératoire. C’est précisément ce que fait aujourd’hui le copyleft en posant, de façon légale via une licence juridique, la copie, la diffusion, la transformation des œuvres et l’interdiction de jouissance exclusive.

Unir l’esthétique à l’éthique c’est tout simplement observer ce qu’il y a de réel dans la création au delà du simple critère de jugement de goùt dont l’art, que nous dirons conventionnel, fait l’objet.

Paul Audi, dans son ouvrage intitulé Créer, introduction à l’esth/éthique25, insiste sur ce croisement au cœur de la création et qui ne consiste pas seulement à produire des objets dits d’art.

Créer, répétons-le encore une fois, est cet « événement » d’ordre esth/éthique qui consiste à redonner de la puissance à la vie, en lui ouvrant le champ des possibles. Certes, cette ouverture passe par une certaine production, mais elle ne s’y réduite guère. Car produire, c’est produire un objet, à partir du monde et dans l’horizon visible du monde ; alors que créer, c’est créer du possible à partir de la vie et sur le plan invisible de la vie. Cette distinction explique d’ailleurs pourquoi nul ne sait jamais s’il crée quand il produit quelque chose. Tous les artistes produisent des œuvres, mais ceux qui créent sont ceux dont la production instaure un domaine de possibilités qui ouvre la vie à une dimension nouvelle et inaperçue, qui lui donne tout d’un coup une po
rtée différente et originale, une extension, pour ne pas dire une expansion, dont on ne soupçonnais guère (dont peut-être le créateur ne soupçonnait même pas!) qu’elle pùt exister avant l’évènement de la création. C’est dire qu’il y a toujours dans cet événement non seulement quelque chose de soudain et d’inattendu, mais de miraculeux ou de prodigieux, parce que l’instauration d’un domaine de possibilités agit sur le réel à la manière d’une
transfiguration26.

Ce mot « transfiguration » est lui aussi très intéressant car il dit le caractère entier d’une transformation, d’une mue. Certains animaux, comme par exemple les lépidoptères, autrement dit les papillons, agissent ainsi : la chenille devient chrysalide puis imago27. Sans parler de la Transfiguration28 qui est, pour les chrétiens, ce moment historique préfigurant la résurrection de la chair, la victoire de la vie sur la mort et l’avènement de la vie éternelle. Ceci rappelé dans le rituel de la communion avec la transsubstantiation29, opération dans laquelle les croyants consomment réellement le corps et le sang du Christ à travers le pain et le vin de l’eucharistie30. Loin d’être un symbole, c’est, pour les pratiquants, une réalité matérielle, effective et qui opère le vivant réellement, tout à la fois l’esprit, le corps et le cours de la vie. Autrement dit, nous sommes là en présence d’une réalité révolutionnante, produisant une révolution effective pour ceux qui en ont été touchés, la seule certainement qui ait eu lieu réellement dans l’histoire.

Marx certes était athée, « matérialiste », etc. Mais chez un philosophe aussi il convient de distinguer ce qu’il est et ce qu’il croit être. Ce qui compte, ce n’est d’ailleurs pas ce que Marx pensait et que nous ignorons, c’est ce que pensent les textes qu’il a écrits. Ce qui paraît en eux, de façon aussi évidente qu’exceptionnelle dans l’histoire de la philosophie, c’est une métaphysique de l’individu. Marx est l’un des premiers penseurs chrétiens de l’Occident31.

Revenons, après cette incise sur la question de la transformation, c’est-à-dire du travail vivant et de la vie elle-même, à notre sujet, le copyleft et la valeur d’usage qui le constitue.

Et c’est par la notion de praxis32, que je vais finir mon exposé.

Pratique critique de l’art

Cette notion centrale chez Marx rejoint celle du copyleft quand celle-ci n’est pas seulement une idée, une bonne idée, une idée louable, un concept intéressant, mais quand elle est cette « activité humaine sensible » ou encore cette « activité effective sensible »33 pour reprendre la définition que donne Marx de la pratique, autrement dit de la praxis, et qui n’a de réalité que dans la concrétude de la subjectivité de son acte. Cette pratique, mise en regard avec la pensée, productrice de théorie, n’est pas l’accomplissement de la théorie en pratique mais la pratique même d’une pensée active et qui se concrétise en faits et gestes.

À l’objectivité d’une théorie prétendant à la vérité scientifique s’interpose la subjectivité de l’individu qui agit concrètement. Pour autant, il y a rapport entre la théorie et la pratique, car la pratique est la condition pour qu’une théorie puisse devenir effective.

La question de savoir s’il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n’est pas une question théorique mais une question pratique. C’est dans la pratique qu’il faut que l’homme prouve sa vérité, c’est-à-dire la réalité et la puissance de sa pensée dans ce monde et pour notre temps34.

Et donc,

L’opposition de la praxis et de la théorie fonde la distinction du travailleur et du non-travailleur. Imaginons un coureur sur la cendrée du stade. En tant qu’objet de l’intuition, comme phénomène empirique, objectif, sensible, naturel, sa course est là pour tous et pour chacun. Mais les spectateurs regardent et ne font rien. Ce n’est donc pas l’intuition empirique de la course, son apparence objective qui peut la définir, constituer sa réalité, elle n’est justement que son apparence. La réalité de la course réside dans la subjectivité de celui qui court, dans l’expérience vécue qui n’est donnée qu’à lui et le constitue comme individu, comme cet individu en train de courir, comme un individu « déterminé » pour parler comme Marx. C’est là ce que signifie l’affirmation décisive de la première thèse selon laquelle la pratique est subjective. Parce que la pratique est subjective, la théorie qui est toujours la théorie d’un objet, ne peut atteindre la réalité de cette pratique, ce qu’elle est en elle-même et pour elle-même, sa subjectivité précisément, mais seulement se la représenter, de telle manière que cette représentation laisse nécessairement hors d’elle l’être réel de la pratique, l’effectivité du faire. La théorie ne fait rien35.

Il s’agit là d’un renversement de perspective où ce n’est pas la théorie qui guide la pratique mais la pratique qui réalise la théorie. L’action est ce moment où la pratique est pensée concrète.

Agir alors, consiste à, comme le dit Bergson « pousser l’intelligence hors de chez elle » de faço
n à « briser le cercle du donné » :

Il est de l’essence du raisonnement de nous enfermer dans le cercle du donné. Mais l’action brise le cercle. Si vous n’aviez jamais vu un homme nager, vous me diriez peut-être que nager est chose impossible, attendu que, pour apprendre à nager, il faudrait commencer par se tenir sur l’eau, et par conséquent savoir nager déjà . Le raisonnement me clouera toujours, en effet, à la terre ferme. Mais si, tout bonnement, je me jette à l’eau sans avoir peur, je me soutiendrai d’abord sur l’eau tant bien que mal et en me débattant contre elle, et peu à peu je m’adapterai à ce nouveau milieu, j’apprendrai à nager (…) Il faut brusquer les choses, et, par un acte de volonté, pousser l’intelligence hors de chez elle36.

Agir n’est pas non plus s’agiter, on coulerait, si on reprend l’exemple de la nage, au fond de l’eau, l’action n’est pas l’activisme car elle se déploie dans le non-agir37 de façon à ce que cette ouverture du cercle soit confirmée. Autrement dit, à se laisser porter par l’eau, se découvrant flotter et comprendre ainsi la nature de l’eau et pouvoir nager. Car le non-faire est l’autre du faire, de la même façon que le copyleft est l’autre de l’auteur.

L’action ouvre et ouvre à l’action. Cette action n’est pas un enfermement, contrairement à l’activisme qui n’est, en fait, que le miroir de l’idéalisme, son activation, sa projection figée par le fantasme d’un agir définitif. Avec la praxis, comme réalité de la pratique et pratique de la réalité, il s’agit d’être dans l’intimité subjective de là où ça se passe, là où ça passe et c’est entre nous, entre toutes les subjectivités, là où c’est réel. C’est dire également pourquoi la subjectivité de l’individu pratiquant cette « activité effective sensible » n’est pas l’individualisme renfermé sur lui-même38, mais au contraire, l’action même de l’ouverture des individus aux individus. Ceci formant, non pas un cercle comme une communauté ou un collectif ou encore un parti mais un espace d’actions où chacun excède le cercle des données de chacun. Comment nommer cet espace commun à tout un chacun ? Peut-être un espace comme un espace comme un espace comme espace commun espace comme… un espace commun espace comme un espace comme un espace, comme une unité jamais close et qui s’exerce dans la réelle présence de son histoire infinie.

Pour conclure momentanément je citerai un passage de la thèse que j’ai soutenu en mai 2011 sur le copyleft39

Posons ceci : l’art consiste à ne pas rester « enfermé dans le cercle du donné » car la liberté d’action qui ouvre sur l’invention et la découverte de l’inconnu ne peut se satisfaire de ce qui est donné comme connu. Le don, pour l’art, mais également le don par l’art, est cette action qui ouvre le donné et change la donne. Non pour la nier, mais pour en poursuivre le mouvement d’ouverture. Le cercle qui enfermait est brisé, l’action a fait passage et ce qui fait acte est une forme de passage.

L’art, avons-nous dit, mais qui plus est, l’art libre, car l’ouverture créée par le copyleft, de fait, change la donne de l’art. Si l’art (Ars, technè), est une « activité humaine qui, au lieu de se plier aux lois de la Nature, permet à l’homme d’agir selon sa propre nature »40, et si l’action auquel pousse le copyleft est une praxis, c’est-à-dire une « activité immanente d’un sujet (opposée à l’action transitive, qui s’exerce sur un objet) »41, alors cette praxis ne s’oppose pas à la poésie (poïêsis), qui est « l’activité transitive de l’homme sur les choses »42.

[...]

Cette action praxis croise l’action poïêsis, l’immanent rencontre le transitif parce que l’ouverture (par la copie, la diffusion et la transformation) crée une activité où, le fruit de la rencontre entre la praxis et la poïêsis, est un ars, une technè, qui permet à l’homme d’agir, non plus seulement « selon sa propre nature » mais, selon la relation qui s’instaure entre lui et l’environnement.

Il y a donc un dialogue et non plus seulement la marque d’un auteur43.

Le copyleft remet tout simplement à jour ce que nous avions eu tendance à oublier : l’intempestif de la création qui coule de source depuis la nuit des temps.

Nous sommes, aujourd’hui comme hier et demain, à l’âge du faire et que faire c’est refaire, défaire, parfaire, faire des affaires, ne pas s’en faire, n’en avoir rien à faire et faire d’un tout petit rien un tout petit tout et puis s’en va et ainsi de suite, où praxis et poïêsis croisent le faire pour l’ouvrir offert aux faires, y compris le non-faire, autre du faire.

Antoine Moreau, « Le copyleft, un art de l’usage dans une économie de l’échange. », Texte de la deuxième partie du séminaire donné à l’invitation de Art&Flux, le 07 février 2012, à la New York University in France, Paris. http://art-flux.
univ-paris1.fr/spip.php?article388
Copyleft : ce texte est libre, vous pouvez le copier, le diffuser et le modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://artlibre.org

1M. HENRY, Voir l’invisible. Sur Kandinsky, PUF, Paris, 2005, p. 209, 210.
2M. HENRY, Marx, Gallimard, Tel, 1976.
3M. HENRY, Idem, p. 7.
4F. ENGELS, « Lettre à E. Bernstein, 2 novembre 1882 », Marxists Internet Archive, http://www.marxists.org/francais/engels/works/1882/11/fe18821102.htm (page visitée le 24/01/12).
5HEGEL, Esthétique, textes choisis par Claude Khodoss, PUF, 2004, p. 23.
6K . MARX, Introduction de 1857, in : Contribution à la critique de l’économie politique, trad. M. Husson et G. Badia, Paris, Editions sociales, 1977, p. 158, cité par I. GARO, Marx et la critique de l’esthétique, http://www.marxau21.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=54:marx-et-la-critique-de-lesthetique&catid=54:culture-arts-a-esthetique&Itemid=77, s d, Marx au XXIe siècle (page visitée le 19/01/2012).
7M. HENRY, op. cit., p. 687.
10K. MARX, Å’uvres, Pleiade, tome I, p. 618, cité par M. HENRY, Marx, Gallimard Tel, 1976, p. 659.
11K. MARX, idem, tome I, p. 278 cité par M. HENRY, idem, p. 696.
12M. HENRY, op. cit, p. 713.
13« Le hacking, notamment celui touchant à l’informatique, est une pratique visant à un échange « discret » d’information en fouillant ou bidouillant. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Hacking (page visitée le 20/01/12).
14M. DE CERTEAU, L’invention du quotidien, 1. arts de faire, op. cit. Introduction générale, p. XXXVII.
15« [...] parce que, pour Marx, la possibilité de savoir, la théorie repose sur la réalité. C’est pourquoi, de Kant à Marx, la question transcendantale se déplace , elle n’est plus une interrogation portant sur la possibilité principielle de la science, en l’occurrence l’économie politique, mais concerne d’abord la réalité qui vient faire l’objet de cette science, l’ « économie » entendue maintenant dans sa relation à la praxis et aux modes fondamentaux de son accomplissement effectif. Ce sont ces modes qui forment désormais le thème de la philosophie transcendantale. Quand il s’agit de l’économie marchande, c’est-à-dire justement l’une des modalités essentielles selon lesquelles la praxis humaine s’est accomplie et continue de s’accomplir aujourd’hui, la question est donc celle-ci : qu’est-ce qui rend possible une telle économie ? Qu’est-ce qui fait que quelque chose comme l’échange a pu se produire dans l’histoire et, d’une manière principielle, peut le faire? », M. HENRY, op. cit., p. 613. Note de bas de page rajouté par nous.
16M. HENRY, op. cit. p. 656 citant MARX, Grundrisse, II, p. 412 et I, p. 75, 76.
17K. MARX, Å’uvres, Gallimard Pléiade, tome I, p. 705, cité par M. HENRY, op. cit. p. 767.
18K. MARX, idem, p. 765, cité par M. HENRY, idem p. 767, 768.
19i.e. capital constant.
20Idem, p. 769.
21« la fin-but se réalisant, suivant le langage humain, après la fin-terme de l’histoire, est par là elle-même insérée, en son existence, dans une relation au moins quasi historique, et cette imprégnation historisante se confirme en ce que son contenu éternel apparaît comme étant lui-même une histoire, certes purement spirituelle, en quelque sorte supra-historique ou éternelle. C’est ainsi que Saint Augustin fait déboucher le septième et dernier jour de la grande semaine de l’histoire, jour en repos du Jugement ou de l’Arrêt divin, à travers un passage qui n’en est plus un, car ce septième jour « n’a pas de soir », dans un huitième jour, celui de la béatitude de l’âme retrouvant son corps ressuscité, huitième jour qui, comme un jour, poursuit l’histoire, mais comme jour huitième, jour d’après la semaine historique des sept jours, comme « jour éternel », n’est plus l’histoire, elle, en tant que proprement histoire, bien finie. La fin de l’histoire est réelle, elle clôt réellement l’histoire, mais en s’ouvrant, « fin sans fin », dit Augustin, à et, mieux, en la vie éternelle qui, pour un être fini, est bien encore un devenir, une « histoire » transfigurée, infiniment post-historique. Cette fin paradoxale, tout comme la totalité, la finalité
© et l’unité ou universalité de l’histoire, seront l’objet de la laïcisation rationnelle opérée par toutes les philosophies de l’histoire. » B. BOURGEOIS, « La fin de l’histoire », séance du 12 décembre 2005, Académie des Sciences Morales et Politiques, http://www.asmp.fr/travaux/communications/2005/bourgeois.htm (page visitée le 23/01/12). « Ce septième âge sera notre sabbat, et ce sabbat n’aura pas de soir, mais il sera le jour du Seigneur et, pour ainsi dire, un huitième jour éternel : car le dimanche, consacré par la résurrection du Christ, préfigure l’éternel repos, et de l’esprit, et du corps. Là, nous nous reposerons et nous verrons ; nous verrons et nous aimerons ; nous aimerons et nous louerons. Voilà ce qui sera à la fin, sans fin. Et quelle autre fin avons-nous, sinon de parvenir au Royaume qui n’aura pas de fin ? » Saint AUGUSTIN, La Cité de Dieu, tome 3, XXII, 30, 5, Seuil, Points Sagesse, 2004.
22N. BOUVIER, L’usage du monde, Petite Bibliothèque Payot, 1992, p. 12.
23V. SEGALEN, Å’uvres complètes, tome I, « Essai sur l’exotisme », Robert Lafont, Bouquin, 1995, p. 749
24 L. WITTGENSTEIN, Tractacus logico-philosophicus, 6.421, tra. G. G. Granger, Paris, Gallimard, 1993, p. 110. Cité par P. AUDI, Créer, introduction à l’esth/éthique, Verdier, 2010, p. 128.
25P. AUDI, Créer, introduction à l’esth/éthique, Verdier, 2010.
26P. AUDI, Idem, p. 163.
27« Le terme d’imago (au masculin) désigne le stade final du développement d’un insecte ptérygote, ayant effectué sa métamorphose. Il s’agit aussi du stade adulte reproducteur, par opposition aux stades larvaires qui, sauf cas particuliers, ne sont pas capables d’effectuer la reproduction. L’imago est caractérisé par le développement des ailes (sauf chez les espèces secondairement aptères) et de l’appareil génital. La mue qui aboutit à l’imago est dite imaginale. », http://fr.wikipedia.org/wiki/Imago (page visitée le 24/01/12).
28« La Transfiguration », Service Biblique Catholique, http://www.bible-service.net/site/640.html (page visitée le 21/01/12).
29« Définition : Transsubstantiation », Église Catholique en France, http://www.eglise.catholique.fr/ressources-annuaires/lexique/definition.html?lexiqueID=553 (page visitée le 21/01/12).
30Du grec ancien εὐχαριστία / eukharistéa, qui signifie « action de grâce ».
31M. HENRY, op. cit. p. 918, 919.
32« activité immanente d’un sujet (opposée à l’action transitive, qui s’exerce sur un objet » I. GOBRY, Le vocabulaire grec de la Philosophie, Ellipses, 2000,p. 128.
33E. RENAULT, Le vocabulaire de Karl Marx, Ellipses, 2001, p. 46.
34K. MARX, Thèse sur Feuerbach, cité sans références par M. HENRY, op. cit. p. 367.
35M. HENRY, op. cit. p. 353.
36 H. BERGSON, L‘évolution créatrice, PUF, 1941, 2006, p.193 – 195.
37« Par le Non-agir, / il n’y a rien qui ne se fasse. / C’est en restant toujours dans le Non-faire (wu shih) / que l’on gagne l’Empire. / Dès que l’on s’affaire, / on n’est pas à même de gagner l’Empire. » Lao TSEU, Tao Te King, traduit et commenté par M. CONCHE, PUF, 2003, p. 263. Commentaire de M. CONCHE : « L’homme-poète est le contraire de l’homme d’action – l’homme de la raison calculante, qui agence des moyens en vue d’une fin, afin de maîtriser ce qui peut se produire et de faire dépendre les évènements de la volonté de l’homme. Mais, sans l’homme – l’interventionnisme humain -, le cours des choses est déjà  orienté. Car il y a une Voie déjà  définie en toutes choses. Ne plus agir sur le monde est les laisser être selon sa spontanéité, le laisser aller. La Nature prend les choses en main, et il n’y a rien qui ne se fasse comme il convient que cela se fasse selon la Nature. Le Non-agir signifie l’accueil absolu de tout ce qui a lieu de soi-même, qui s’expose en vérité sous le Ciel : ainsi est-on en paix avec Tout-sous-le-Ciel – le monde. L’Accueil, n’écartant rien de ce qui se fait selon la Voie, accepte avec semblable joie toutes les productions de la Nature, sans reconnaître aucun privilège à l’être humain. » Idem, p. 265.
38Voir l’opposition de Marx à Max Stirner explicité par M. HENRY, op. cit., p. 496 – 529. M. STIRNER, L’unique et sa propriété, La Table Ronde, 2000.
39A. MOREAU, Le copyleft appliqué à la création hors logiciel. Une reformulation des données culturelles ? Thèse en Sciences de l’Information et de la Communication, réalisée sous la direction de Monsieur Norbert Hillaire, soutenue le 16 mai 2011 à l’Université de Nice Sophia Antipolis, http://antoinemoreau.org/index.php?cat=these
40 I. GOBRY, op. cit. p. 108.
41 Idem,p. 128.
42 Idem, p. 106.
43A. MOREAU, op. cit. p. 590

References

1.
  M. HENRY, Marx, Gallimard, Tel, 1976.

Séminaire ART&FLUX. "Le copyleft, un art de l'usage dans une économie de l'échange."

art&flux

MARDI 7 FEVRIER 2012 DE 18 H à 21H

New York University in France – Centre Académique, Culturel et de Recherche transatlantique – Salle 6.
56, rue de Passy – 75016 Paris – Métro Passy ou Muette – code B 98 21 – (après la maison rouge).

DURÉE : 3H00. (séminaire ouvert)

« Le copyleft, un art de l’usage dans une économie de l’échange. » par Antoine Moreau

Le copyleft est une notion juridique issue des logiciels libres initiés par la Free Software Foundation. Il s’appuie sur le droit d’auteur en vigueur pour autoriser la copie, la diffusion et la transformation des logiciels en interdisant l’appropriation exclusive.

Rédigée en 2000, la Licence Art Libre a étendu ce principe de création à toutes productions de l’esprit. À la lumière de la lecture qu’a pu faire Michel Henry de Marx, nous nous interrogerons en particulier sur ce qu’implique le copyleft appliqué à la création artistique dans une économie contemporaine déterminée par la plus-value de l’échange marchand.

Deuxième Rencontre du libre à Lion/mer

rencontre_libre_Lion_mer
Trois jours de rencontres autour du libre.
Dates : 27, 28 29 janvier 2012
Lieu : Salle Trianon, place du 18 juin 1940 14780 Lion sur Mer

Table ronde « Homo numericus », le numérique dans nos vies, dimanche à 14h30

Antoine Moreau participera à la table ronde « Homo numericus, le numérique dans nos vies », dimanche à 14h30.

Animé par Dominique Losay, conseiller à la culture à la mairie de Lion sur Mer, avec la participation de Lionel Allorge (APRIL), Jean-Philippe Mengual (AccesslibreInfo), Hervé Le Crosnier* (Université de Caen), Cyprien Gay (AFUL), Antoine Moreau (Licence Art Libre) et certainement (présence à confirmer), Xavier de Mazenod (ZeVillage.net), Jean-Michel Billaut (Personalité numérique Acsel de l’année 2010), Pierre Alzon (Commerce en ligne).