Pladoyer pour une culture libre et gratuite – Philosophie

Créé le : 24 juillet 2010

Les biens culturels, qui tendent à se dématérialiser, choses magnifiques parfois, étonnantes, nourrissant notre esprit de substances nouvelles, mettant à jour de nouveaux horizons dans notre conscience, ne sont pas pour autant des denrées indispensables.
Un livre, un film de cinéma, un morceau de musique, une émission télévisée ou radiophonique, un logiciel, n’ont rien de tangible, en tout cas pas pour ce qui nous intéresse d’eux en tant que consommateur de culture.
Les émotions qu’ils éveillent ne sont pas décemment commercialisables.
Vendre de l’art, de l’information, des objets dont seul l’esprit peut se satisfaire, équivaut pour moi à de la prostitution, métier contre lequel je n’ai rien, il existe, c’est sûr, des prostituées tendres, attentionnées, généreuses, comme il existe d’innombrables artistes "commerciaux" de grand talent.
Mais avez-vous déjà entendu un artiste dire sa fierté d’être une pute, un gigolo, qui coucherait avec des centaines de personnes à la fois ?
Le problème est là : admettre l’indécence du moyen de publication de son art ou, laisser tomber ce moyen pour n’être plus rien d’autre qu’un artiste, qui, véritablement, donne du plaisir aux gens, gratis, sans compter les billets. Obtenant comme seule contrepartie l’expression des vertus que chacun, chaque membre de son public, aura choisi de partager avec lui.
Le créateur n’a pas à revendiquer quelque paternité sur son ?uvre puisque sa création est fille de toutes les autres… Son éducation au savoir, ce que sa sensibilité personnelle (fortement influencée par celle des autres) en a fait, ce que son cerveau (semblable à celui de milliard d’homo sapiens ayant foulé cette planète) a construit par dessus (pour sublimer, pour oublier, pour nier, etc.), ne lui sont pas propres, il ne peut réclamer ce mérite. Il les a subis, dès le commencement…
Partant de ce point de vue, on ne peut que souhaiter le changement de leur mode de distribution, et les droits qui leurs sont accordés se devraient d’être restreints, pour permettre leur libre circulation, distribution, copie et modification.
Pourquoi une ?uvre, sitôt qu’elle est publiée, de quelque manière que ce soit, est protégée de la copie ?
Ne faudrait-il pas procéder de manière inverse ? Ainsi la restriction des droits sur une création par son auteur serait une démarche… et qui dit démarche dit prise de position. La mise sous copyright serait un acte en soi, anti-libertaire certes, mais qui demanderait un effort de réflexion, de choix. Le choix de la "liberté" ou celui du commerce… de la prostitution.

2006