Les deux fenêtres – Poème en prose

Créé le : 24 juillet 2010

Dans le salon, ce sont deux fenêtres aux paupières mi-closes. Voyant sur les toits brulés par le ciel qui pèse de tout son feu sur la taule et le plomb, les reflets de l’astre dont elles supplient qu’il se repose. Le matin chaud se réveille effrontément ! Il n’a que faire de celui qui attend le couchant.

Passé le soir, fermant les yeux, la moiteur persiste, sourde aux lassitudes des corps rompus par une journée écrasée de soleil. Des deux battants des volets clos, le chahut de la rue parvient en écho. Roulements de voitures, miaulements des portes, cris imperceptibles et frappes de pas, feutrées par les obstacles retenant leur éclat. Des chants tantôt paillards, tantôt pieux, d’ivrognes de boisson ou d’ivrognes de Dieu.

Quand la fraîcheur le permet, c’est pourtant tout un monde qui s’offre à l’?il à l’heure de la clarté. "On voit le rocher des singes !" s’amuse-t’elle à répéter. On le voit ! Et le ciel. Et mille choses inertes agencées par les Hommes. Des églises à la gloire des saints, un musée à la gloire du blasphème, un bois lointain surplombé de tours en béton dont les parois font un miroir à l’astre du jour qui ignore la vie qu’il a fait naître aux nues alentour.

Remplie de voix et de guitares, Notre Dame de Bonne Nouvelle vient buter le regard. Un temple au sein duquel j’ai appris l’amour du Divin, jusqu’à ce que mon regard perce, plus loin, aux confins de moi. Là où je regardais Dieu, je vois alors la profusion dans l’émoi. Là où l’on célèbre l’ascèse, trônent à foison or, étoffes ouvragées et calices obscènes. Là où l’on loue l’immensité, les cœurs se diminuent dans la soumission docile. Je n’en entends plus que les psaumes déguisés en berceuses graciles. Et je prie de ne les aimer que pour ça.

Une fenêtre montre bien des choses que les yeux ne voient pas.